La distribution d'eau est perturbée dans plusieurs communes de l'Est et du Sud de l'île de La Réunion en raison d'un mouvement de grève illimité ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
"C'est en rupture partout": devant l'hôtel de ville du Tampon, José Vienne patiente pour obtenir un pack d'eau gratuit, illustrant l'exaspération d'une population dont le quotidien et le travail sont paralysés par la grève illimitée qui prive d'eau courante plusieurs communes de La Réunion depuis le 7 octobre.
Il y a quatre jours, les robinets de cet employé de la grande distribution se sont tus pendant 24 heures. Depuis, l'eau est "impropre à la consommation" chez lui comme chez ses voisins, et les bouteilles d'eau ont été prises d'assaut dans les supermarchés, s'inquiète-t-il, face au réapprovisionnement qui tarde.
Une situation qui préoccupe également les commerçants. Derrière le comptoir du restaurant Cap Méchant, dans le centre-ville du Tampon, Vanessa, qui a requis l'anonymat, explique que les cuisiniers s'approvisionnent en "eau en bouteille" pour préparer les plats.
Chez elle, à la Plaine des Cafres, une dizaine de kilomètres plus haut, la salariée fait bouillir l'eau du robinet pendant une dizaine de minutes avant de la placer au réfrigérateur, pour pouvoir la consommer. "C'est de l'organisation", confie-t-elle, "j'espère que ça ne va pas durer".
"On ne peut pas travailler"
C'est ce qu'espère aussi Elisabelle Evan, gérante du salon Zen Coiffure, contrainte d'annuler tous ses rendez-vous ces derniers jours. "On est coupé depuis samedi et sans eau, on ne peut pas travailler", regrette-t-elle.
"Pourtant à la fin du mois, j'aurai quand même mon loyer à payer", s'agace la professionnelle, qui a dû faire une croix sur "la plus grosse journée de la semaine".
La distribution d'eau est perturbée dans plusieurs communes de l'Est et du Sud de l'île en raison d'un mouvement de grève illimité.
Les organisations syndicales des sociétés chargées de la gestion de l'eau et de l'assainissement dénoncent "une dégradation des conditions de travail" et revendiquent notamment une revalorisation de 30% de leur salaire.
En marge du mouvement social, la direction de l'un des opérateurs, CISE Réunion, a dénoncé dans un communiqué le 11 octobre plusieurs actes de malveillance visant des installations du réseau.
"À Sainte-Rose, un équipement de régulation a été dégradé, provoquant une baisse du niveau d'un réservoir. À Saint-Benoît, plusieurs vannes auraient été volontairement fermées, notamment dans le secteur d'Abondance et au chemin Sévère", indique l'entreprise. Les auteurs de ces actes n'ont pas été identifiés à ce stade.
Mises en demeure
Dans l'Est de l'île de Saint-Benoît, l'arrêt d'une installation de chloration a également entraîné des restrictions de consommation dans plusieurs secteurs.
Face à cette situation, la préfecture de La Réunion a annoncé la réquisition de personnels afin d'assurer "les missions essentielles, notamment la surveillance du réseau, la recherche des dysfonctionnements et le contrôle de la qualité de l'eau".
Le lendemain, la communauté intercommunale de l'Est a adressé deux mises en demeure aux opérateurs chargés de l'exploitation des services publics.
Son président, Joé Bédier, rappelle que "le mouvement de grève ne dispense pas les sociétés délégataires de leurs obligations contractuelles".
La collectivité exige notamment le maintien en fonctionnement des installations et la distribution d'eau en bouteille.
De son côté, l'Agence régionale de santé (ARS) rappelle que la levée des restrictions de consommation est conditionnée à l'obtention de résultats d'analyses microbiologiques conformes.

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